Psychose & Etats-Limite

PSYCHOSE & ETATS-LIMITE

Séminaire de recherche Psychose & Etats limites


Les Interactions de la psychanalyse ne visent pas une simple application de la psychanalyse à divers champs de la culture ou de la connaissance, mais cherchent à dégager les effets de tels rapprochements sur la psychanalyse elle-même comme théorie et comme méthode d’investigation. Cette problématique commune fait l’unité entre les diverses thématiques regroupées en quatre axes principaux. C’est dans le cadre de cette problématique que seront travaillés les projets de DEA des étudiants sur les psychoses et les états-limites.

Les perspectives de séminaire sont essentiellement épistémologiques et historiques, confrontant les discours que tiennent les diverses disciplines sur leurs objets et leurs méthodes afin de mettre en lumière les interactions entre la psychanalyse et les Sciences de l’Homme. On travaille ainsi aussi bien l’emprunt des modèles, la pénétration réciproque des concepts, que la spécificité des champs du savoir, leur imperméabilité éventuelle et donc les limites de ces interactions.

La dimension historique d’une telle réflexion est toujours présente, interrogeant ces disciplines à partir de leurs lieux de naissance et des conditions socioculturelles de l’exercice de leurs pratiques. Il ne s’agit pas de "psychanalyse appliquée" mais d’une approche nouvelle qui prend en compte non seulement l’impact et les retentissements de la découverte freudienne de l’inconscient dans les Sciences de l’Homme, mais aussi les effets des modèles propres à ces domaines sur la psychanalyse elle-même, comme méthode et théorie de la cure.

A côté de l’interrogation sur les relations entre la psychanalyse et l’Histoire et la recherche sur l’Histoire de la Psychanalyse elle-même, les programmes de recherche sont centrés plus particulièrement sur les interactions avec les champs suivants, qui constituent en fonction de leur regroupement quatre secteurs distincts:

A - Interactions sciences, philosophie/Psychanalyse.
B - Interactions Champ Culturel/Psychanalyse.
C - Interactions adolescence/Psychiatrie/Addictologie
D - Interactions Histoire - Politique - Droit - Anthropologie/Psychanalyse.

Ce groupe qui s’est associé avec l’ED "Littératures, langues, civilisations" entend renouveler et prolonger une approche clinique issue de l’étude des textes littéraires. Parallèlement, les relations avec l’Association Internationale d’Histoire de la psychanalyse complètent l’axe incluant aussi la dimension du Droit et celle de la politique.

Equipe de recherches sur l’adolescence
Ce séminaire est organisé en commun avec les enseignants chercheurs rattachés à l’équipe de recherches sur l’adolescence et pouvant assurer un tutorat des recherches des étudiants du DEA.

L’augmentation ces dernières décennies, d’une symptomatologie spécifique de l’adolescence, a suscité des élaborations nouvelles en psychopathologie et un approfondissement des modalités de l’intervention clinique. On peut, à partir de là, se demander si l’adolescence constitue un modèle pour reproblématiser l’ensemble de la psychopathologie. En effet, dans les troubles psychiques à l’adolescence se croisent la névrose, la psychose et les pathologies ni névrotiques ni psychotiques qui peuvent ainsi être reconsidérées dans leur évolutivité et leur complexité.

La destructivité et la propension à l’agir de la psychopathologie adolescente questionne les mutations actuelles du lien social. L’équipe de recherches sur l’adolescence se propose d’explorer les phénomènes de violence adolescente antisociale, d'addictologie et leur dimension de passage initiatique, de conduites à risque ordaliques ou sacrificielles, mais aussi d’expériences créatives. Aujourd'hui, nous pouvons constater que les adolescents restent auto-destructeurs tout en ayant un certain sens du danger. Par exemple, nous notons depuis quelques années une augmentation massive de la consommation de cigarette électronique chez les adolescents. Cette nouvelle forme de socialisation reste la même que pour les anciens fumeurs de tabac, sans la dimension destructrice de la santé. Ce projet répond à des exigences d’actualité et introduit à une démarche d’interdisciplinarité, avec les sciences sociales et juridiques en particulier.

Processus d’adolescence, états-limites et psychoses de l’adulte :
Etudes des pathologies propres à l’adolescence (folie pubertaire, breakdown, dépressivité, failles narcissiques) ainsi que les pathologies de l’agir et de la dépendance (anorexie/boulimie, toxicomanies) comme prémisses des états-limites plus stables de l’adulte. Questionnement du diagnostic différentiel psychose/état limite et à partir de là reproblématisation du champ de la psychose.

Modalités des prises en charge thérapeutiques :
La situation des pathologies adolescentes comme crise du développement entre l’enfance et devenir adulte ainsi qu’à l’intersection structurale de la névrose, de la psychose et des pathologies ni névrotiques ni psychotiques, amène la psychanalyse mais aussi la psychiatrie à envisager des modalités de prise en charge thérapeutique adaptées, en particulier la dimension de travail psychanalytique présente au sein des psychothérapies, ce qui introduit à un questionnement concernant la spécificité du processus analytique.

Processus de subjectivation à l’adolescence et "nouveau malaise dans la civilisation" :
L’adolescence, caractérisée par une quête d’identité et d’autonomie passant par une négativité, introduit à un processus de subjectivation fragile dont le style pourra être considéré comme exemplaire des troubles contemporains de la subjectivation dans un contexte de "nouveau malaise dans la civilisation" (les contre-cultures adolescentes ainsi que les relations entre littérature et états limites peuvent servir de modèles). On cherchera à mieux cerner et définir la notion de subjectivation par rapport à la topique freudienne (ça moi surmoi) et par rapport à la théorie lacanienne du sujet. La dimension de création dans la cure est ici exemplaire.

Les états psychotiques ainsi que les phénomènes critiques survenant dans le cours " normal de la vie sollicitent la référence à un paradigme freudien notamment celui des processus primaires, du détournement de la réalité et du clivage du moi. On sait que Freud accordant à la clinique psycho-pathologique la valeur d’un grossissement des phénomènes discrets entrant dans la normalité (cf. narcissisme et schizophrénie ou deuil et mélancolie). Mais une des dimensions majeures est la prise en considération meta-psychologique de la régression (cf. modèle du rêve) On sait que la psychothérapie analytique accorde sous certaines conditions d’écoute une capacité thérapeutique à l’expérience régressive.

Certes peut-on objecter que la théorie et la technique freudiennes se sont surtout réglées sur le modèle de la névrose. Il s’agira donc ici de différencier dans le modèle de la névrose ce qui peut concerner ou non l’approche psychopathologique des phénomènes psychotiques.

Mais il convient de revenir ici à une théorie du symptôme et du sens, car c’est en fonction des présupposés théoriques que l’on peut avoir accès aux temporalités du symptôme et aux conditions de constitution d’une historicité du discours. En donnant certains appuis sur la phénoménologie du temps et de l’intersubjectivité, le séminaire sera largement consacré à la notion de "maturation des processus psychiques ". Cette maturation à l’œuvre, tout au cours de la vie et mise en échec par des effets traumatiques, demande à être reconsidérée non seulement au titre de remaniements économiques, mais en fonction d’une dynamique psychopathologique des âges de la vie.

L’objectif de recherche est de renouveler l’observation clinique en psychopathologie en utilisant les concepts et les méthodes d’investigation inspirés des concepts de la neuropsychologie, de façon à mettre en place un cadre théorique adéquat :

- à l’observation clinique : les champs d’application incluent des pathologies neurologiques et psychiatriques (psychoses, autisme) mais aussi des domaines plus généraux (difficultés d’apprentissage, déficits liés aux handicaps sensoriels et moteurs).

- à la prise en charge des dysfonctionnements.

Cette perspective permet d’inclure des travaux qui intéressent au premier plan de la psychopathologie, que l’on traite des processus mentaux (le jugement, la prise de décision, l’énonciation, l’oubli) des productions (le rêve, les hallucinations, l’image mentale) ou encore la modulation de la pensée par les affects et la sensorialité.

Il ne s’agit pas d’importer un modèle ou un concept d’un champ disciplinaire à l’autre, mais d’intégrer les avancées théoriques.

Des membres extérieurs sont cooptés, en fonction de leur compétence dans des champs spécifiques, psychiatrie, neuropsychologie du développement, handicap sensori-moteur, neurophysiologie des réseaux sensori-moteurs, imagerie cérébrale, approches du langage.

La clinique des psychothérapies de groupe et individuelles à l’adolescence révèle l’importance et la violence de l’expression des fantasmes. Cette expression signe souvent un affaiblissement des mécanismes de refoulement (ce qui induit souvent un rapprochement avec les états limites voir psychotiques). Mais en étudiant le travail psychique fait à partir des fantasmes il est possible d’en percevoir les effets structurants et réorganisateurs. Nous étudierons entre autre les fantasmes sadomasochistes, pédophiliques, pubertaires, cannibaliques... en insistant sur les thèmes d’auto-engendrement, qui sont actualisés (dans les groupes) au moment de l’illusion groupale. Nous ferons l’hypothèse que l’autoengendrement sous ses formes fantasmatiques participent à la dissolution des identifications œdipiennes au profit d’identifications narcissiques. Les groupes internes qui s’appuyaient sur les liens familiaux (différence des sexes, différence des générations, scène primitive), se recomposent au profit de groupes internes prenant leur modèle sur les liens sociaux (identifications hystériques). Ainsi toute scène sexuelle à laquelle le jeune pubère est nécessairement confronté est dans un premier temps renvoyée à une scène primitive insupportable. Les différents fantasmes évoqués ouvrent sur une scène sexuelle homo-générationnelle qui permet à l’adolescent de se projeter dans une sexualité acceptable.

Cette conception pose des questions que ce séminaire se propose de travailler :

- D’abord un questionnement métapsychologique des concepts de fantasme et de groupes internes. Au delà seront discutés les concepts de subjectivation et d’identification (primaire, narcissique et œdipienne).

- Le concept même de fantasme d’auto-engendrement pose des difficultés métapsychologiques (P.C. Racamier en faisait un anti-fantasme). Habituellement appréhendé sous sa forme primaire, il renvoie plutôt à la psychose et à des fonctions désorganisatrices.

- Trop violents pour être contenus par les adultes, ces fantasmes peuvent entraîner certaines pathologies qui s’expriment soit par un refoulement excessif (comme dans les inhibitions), soit à l’inverse par l’intermédiaire d’actes violents (sadiques, masochistes....)

- L’illusion groupale étant à la base de l’unité des petits groupes, l’auto-engendrement peut-il être un fantasme à l’origine du lien social ?

Ces questions seront travaillées d’abord à partir de la clinique des psychothérapies de groupe mais aussi des psychanalyses individuelles d’adolescents. Nous proposerons aussi des recherches sur les groupes naturels (bandes).

La question du lien social sera complétée par un abord anthropologique (anthropologie psychanalytique).